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16/10/2007

D’azur et d’or


L’aérodrome de Toussus-le-Noble


Combien d’aérodromes peuvent prétendre, comme celui de Toussus-le-noble, avoir connu une activité ininterrompue depuis une centaine d’années ? Issy-les-Moulineaux peut lui disputer la première place, mais ce qui en reste n’a pas vu un avion se poser depuis les essais du Br 941 à la fin des années soixante... Mais pourtant, peut-être parce que son activité est aujourd’hui devenu routinière, le souvenir de son passé brillant s’est estompé dans les mémoires, à tel point que même des historiens chevronnés le confondent parfois avec son voisin de Buc.
Heureusement, le Groupe Historique de Toussus-le-Noble met de l’ordre dans tout cela à l’occasion de son centenaire, sous la plume de Madame Geneviève Sandras-Dextreit, avec un ouvrage particulièrement remarquable. Inutile de reprendre ici toute la riche histoire du lieu ; il suffit de rappeler que Robert Esnault-Pelterie le premier vint y fuir les contraintes administratives liées à l’utilisation du champ de manœuvres d’Issy à l’automne 1907, rapidement suivi par Maurice Farman, dont la famille allait durablement marquer l’aérodrome (elle vendra à ADP les derniers terrains en sa possession en 1987 !)
Un autre titre aurait pu être "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sut Toussus", tant les thèmes abordés sont variés, en notant une attention particulière portée à l’histoire des bâtiments, chose malheureusement trop rare dans l’histoire locale. On découvre en particulier que le célèbre hangar "Farman", remarqué par les Bâtiments de France pour sa structure haubanée, fut initialement érigé en 1917 sur le terrain méconnu de Mérantais, aujourd’hui disparu sous le Golf National, et destiné à l’assemblage final des Goliath. Cette même approche originale nous fait découvrir l’empreinte laissée par le réseau de collecte des eaux du plateau pour le parc du château de Versailles.
Le texte suit un fil chronologique, ponctué de nombreuses et utiles notices biographiques, et il n’oublie pas la période la plus récente, abordant en particulier de manière objective les conflits avec les riverains liés aux nuisances sonores, réminiscence des protestations d’avant 1914 - justifiées semble-t-il, quand les aviateurs de l’époque prenaient un malin à faire la chasse aux cultivateurs autour de Toussus.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, malgré la profusion d’informations, on a ici un véritable travail littéraire, aux sources solides ; voilà en fait l’exemple de ce que devrait être une monographie d’Histoire locale. On est aux antipodes de ces ouvrages hélas trop nombreux, sans véritable plan, et aux évocations approximatives de l’Histoire aéronautique générale, qui pour faire pittoresque- probablement - gonflent leur texte de la prose désuète de la presse régionale de l’époque !
L’iconographie est particulièrement riche, mais dans quelques cas d’une taille un peu trop réduite, c’est là sûrement le seul reproche que l’on peut faire au livre, parmi les meilleurs du genre. On se prend à rêver de son grand frère qui couvrirait aussi les autres terrains du plateau : Chateaufort, Guyancourt et Buc...
Doté de bien des qualités qui font souvent défaut dans les ouvrages d’histoire régionale ou locale, cet ouvrage mérite bien un coup de cœur de l’Aérobibliothèque.
Pierre-François Mary